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Discours

Le Royaume-Uni et la France: hier, aujourd'hui et demain

Discour du Ministre des Affaires Étrangùres britannique à Paris le jeudi 8 novembre 2018.

Cela a été publié dans le cadre du 2016 to 2019 May Conservative government
Landscape of Jeremy Hunt doing a speech

Je suis trĂšs heureux d’ĂȘtre ici Ă  Paris ce matin, dans ce cadre historique.

Et pour utiliser un euphĂ©misme tout britannique, il s’agit d’un moment important pour l’avenir des relations entre nos deux pays.

Des moments comme celui-ci, notre histoire en a connu beaucoup au fil de son long cours, et nous savons, sans l’ombre d’un doute, qu’il y en aura bien d’autres encore dans les dĂ©cennies Ă  venir.

Et ce qui compte, c’est ce que nous dĂ©cidons de faire de ces moments.

Il appartient à chaque génération de prendre ces décisions.

De tracer sa propre trajectoire et déterminer son destin et celui de son pays.

Ce qui est unique Ă  propos de la relation entre le Royaume-Uni et la France, c’est de voir Ă  quel point ces dĂ©cisions, ces destinĂ©es ont Ă©tĂ© inextricablement liĂ©es et continueront de l’ĂȘtre. Cette longue histoire a connu, comme nous le savons tous
 disons-le avec diplomatie
 ses hauts et ses bas.

Et c’est une relation faite de concurrence et de coopĂ©ration, de similitude et de diffĂ©rence.

En fait, c’est prĂ©cisĂ©ment, selon moi, ce mĂ©lange qui lui donne sa force – parce que nous avons fait un choix – depuis prĂšs de 200 ans – celui d’Ɠuvrer la main dans la main.

Et j’ajouterai l’affirmation suivante : la relation entre nos pays – nĂ©e d’une gĂ©ographie, d’une histoire et d’une culture communes, et pĂ©trie de luttes et de sacrifices communs, est aussi importante aujourd’hui que jamais ; que nos fortunes sont aussi liĂ©es entre elles que jamais ; et que l’argument en faveur du partenariat le plus Ă©troit entre le Royaume-Uni et la France est aussi solide que jamais.

Or, la façon dont évolue ce partenariat dépend des décisions que nous prenons maintenant.

C’est ainsi qu’aujourd’hui je souhaite examiner les choses sous tous leurs angles – examiner notre passĂ©, notre prĂ©sent et notre avenir – avenir qui, certes, implique de rĂ©ussir le Brexit, mais qui le dĂ©passe et qu’il appartiendra Ă  la prochaine gĂ©nĂ©ration de bĂątir.

Le passé Commençons par le passé.

Cette semaine – plus que toutes les autres semaines – notre passĂ© commun revĂȘt un sens et une gravitĂ© particuliers.

Ce dimanche, Ă  11 heures, cela fera exactement 100 ans que les fusils se sont tus sur le front occidental.

À l’Arc de Triomphe ici Ă  Paris et au CĂ©notaphe Ă  Londres, mais aussi dans les villes et les villages de France et du Royaume-Uni, nos pays vont commĂ©morer la fin de la Guerre.

Demain, le PrĂ©sident français et la PremiĂšre ministre britannique se retrouveront sur les champs de bataille de la Somme – théùtre de combats des plus sanglants.

Ils se souviendront de notre sacrifice commun. L’armĂ©e britannique essuya en un seul jour 20 000 pertes humaines dans l’offensive du 1er juillet 1916. La Somme fut notre Verdun.

C’est une guerre qui a changĂ© Ă  jamais nos pays et notre continent. Une guerre qui a uni les destinĂ©es de nos nations – oĂč nous avons combattu et versĂ© notre sang cĂŽte Ă  cĂŽte pendant plus de quatre ans – une guerre que nous avons finalement remportĂ©e.

On oublie parfois que pendant les derniers mois de cette guerre, les deux millions de soldats de l’armĂ©e britannique se sont battus sous le commandement français pour la premiĂšre fois.

Le Premier ministre britannique, David Lloyd George, a dit du MarĂ©chal Foch qu’il Ă©tait « le seul gĂ©nĂ©ral sur le champ de bataille dotĂ© de la capacitĂ© de dĂ©cision et de la vision nĂ©cessaires pour planifier une telle campagne ».

AprĂšs l’armistice, Foch dĂ©clarera : « j’ai conscience d’avoir servi l’Angleterre comme mon propre pays », paroles qui sont gravĂ©es sous sa statue prĂšs de la gare Victoria Ă  Londres.

Pour autant, la victoire rendue possible par cette coopération franco-britannique a eu un prix terrible.

575 000 soldats britanniques et du Commonwealth sont enterrĂ©s ici en France, aux cĂŽtĂ©s de 1,4 million de leurs camarades français tombĂ©s avec eux.

Les rangées aprÚs rangées de pierres tombales blanches muettes en disent plus long que nous ne pourrions jamais le faire sur la solidité de notre alliance, et la profondeur de notre sacrifice commun.

J’ai la chance d’ĂȘtre issu d’une gĂ©nĂ©ration qui n’a jamais connu une telle horreur, et qui a bĂ©nĂ©ficiĂ© de la paix et de l’amitiĂ© que nous avons bĂąties avec l’Allemagne, que nous marquerons Ă©galement ce week-end.

Or, si notre histoire commune nous a appris une chose, c’est sans aucun doute Ă  chĂ©rir la paix – et Ă  ne jamais la tenir pour acquise.

Bien sĂ»r, notre histoire remonte Ă  bien plus loin qu’un siĂšcle.

La relation que le Royaume-Uni a avec la France est longue et complexe, et c’est l’une des plus importantes que nous ayons avec un pays dans le monde.

Cela fera bientĂŽt 1 000 ans depuis que Guillaume le ConquĂ©rant dĂ©barqua prĂšs de Hastings, et que le duc de Normandie fut couronnĂ© roi d’Angleterre.

La tapisserie de Bayeux, qui retrace le rĂ©cit de l’arrivĂ©e de Guillaume en Angleterre, n’était en fait que le premier chapitre de l’histoire franco-britannique.

Si nous mettions à jour la tapisserie, elle ferait par sa longueur l’aller-retour Paris-Londres.

Elle commenterait nos hauts et nos bas, nos amitiĂ©s et nos inimitiĂ©s, nos triomphes et nos dĂ©faites. C’est pourquoi la dĂ©cision du PrĂ©sident Emmanuel Macron de prĂȘter la tapisserie de Bayeux au Royaume-Uni – annoncĂ©e lors du sommet de Sandhurst au dĂ©but de l’annĂ©e – a tant stimulĂ© l’imagination du public outre-Manche.

Elle reprĂ©sente – littĂ©ralement – le fil commun de notre histoire partagĂ©e, et va droit au cƓur de l’identitĂ© de nos deux pays. Ce sentiment de similitude et de diffĂ©rence, on le retrouve Ă  travers les neuf siĂšcles suivants.

Et il s’étend jusqu’à la pĂ©riode la plus rĂ©cente de notre histoire au cours de laquelle, depuis prĂšs de 200 ans dĂ©sormais, le Royaume-Uni et la France sont non seulement en paix, mais unies dans une alliance, solidaires contre le danger et, Ă  deux reprises en un siĂšcle, lorsque l’existence mĂȘme de nos nations a Ă©tĂ© menacĂ©e.

Aujourd’hui Pourquoi tout cela est-il important ? Parce que cela n’appartient pas aux livres et aux musĂ©es.

C’est le socle du monde que nous construisons – ensemble.

Et dans ce monde – nos pays sont aussi intimement liĂ©s que jamais, nos histoires sont entrelacĂ©es comme elles l’ont toujours Ă©tĂ©.

Voisins gĂ©ographiques ; sĂ©parĂ©s par 33 kilomĂštres de ce que Churchill avait qualifiĂ© de : « bande d’eau salĂ©e », mais reliĂ©s aujourd’hui par un tunnel que traversent chaque jour 57 000 personnes.

Un nombre impressionnant de Britanniques – ils sont 12 millions – visitent la France chaque annĂ©e et plus de čó°ùČčČÔçČčŸ±Čő visitent le Royaume-Uni qu’aucune autre nationalitĂ©. Des centaines de milliers de nos concitoyens choisissent de vivre dans le pays de l’autre, oĂč ils apportent une contribution si importante et oĂč ils sont des membres prĂ©cieux de leurs communautĂ©s.

Je voudrais saisir cette occasion pour souligner l’engagement de la PremiĂšre ministre vers la communautĂ© française – et tous les citoyens de l’Union europĂ©enne – vivant au Royaume-Uni, en protĂ©geant leurs droits aprĂšs notre dĂ©part de l’Union europĂ©enne. Et je suis sĂ»r que les mĂȘmes garanties seront offertes Ă  nos citoyens rĂ©sidant ici en France.

C’est une relation qui s’appuie sur des liens humains d’amitiĂ©.

Et, Ă  l’échelon gouvernemental, sur le fait que la France et le Royaume-Uni sont toutes les deux des nations europĂ©ennes Ă  vocation mondiale, qui partagent les mĂȘmes valeurs, et qui voient le monde en gĂ©nĂ©ral de la mĂȘme façon. Nous avons contribuĂ© Ă  façonner l’ordre mondial, et nous partageons le mĂȘme intĂ©rĂȘt Ă  le dĂ©fendre.

Nous sommes confrontĂ©s aux mĂȘmes menaces terroristes, et nous savons que nous devons travailler la main dans la main pour les vaincre.

Nous savons tous les deux que parfois pour dĂ©fendre la paix, il faut ĂȘtre prĂȘt Ă  recourir Ă  la force militaire.

Nous savons que les menaces Ă  la paix et Ă  la sĂ©curitĂ© en Europe sont plus graves qu’elles ne le sont depuis une gĂ©nĂ©ration, et qu’étant les deux seules puissances militaires majeures en Europe, nous devons affronter ces menaces ensemble.

Nous croyons tous les deux à la dissuasion nucléaire, et au maintien de nos moyens de dissuasion pour notre défense et celle de nos alliés.

C’est pourquoi nous formons si souvent des positions communes, notamment au Conseil de SĂ©curitĂ© oĂč nous avons chacun un siĂšge permanent, pour faire face Ă  un monde de plus en plus instable.

C’est pourquoi, lorsque nos pays ont Ă©tĂ© attaquĂ©s par des terroristes, il y a eu un tel Ă©lan de solidaritĂ© mutuelle.

Nous n’oublierons jamais le moment oĂč, aprĂšs l’attaque Ă  Manchester, le PrĂ©sident Emmanuel Macron s’est rendu Ă  pied du Palais de l’ÉlysĂ©e jusqu’à l’ambassade britannique pour exprimer la solidaritĂ© de la France, et celui oĂč la foule au Stade de France a entonnĂ© l’hymne national britannique – ni le moment oĂč, aprĂšs l’attaque au Bataclan la foule Ă  Wembley a chantĂ© la Marseillaise.

VoilĂ  pourquoi, aprĂšs l’attaque Ă  l’arme chimique de Salisbury en mars dernier, la France s’est rangĂ©e du cĂŽtĂ© du Royaume-Uni pour diriger une rĂ©ponse europĂ©enne ferme et agir de concert pour expulser des dizaines de diplomates russes de notre continent.

En avril encore, des avions britanniques et français, avec nos alliĂ©s des États Unis, ont conjuguĂ© leurs efforts pour frapper les installations chimiques en Syrie et pour imposer une interdiction mondiale d’utilisation d’armes chimiques, interdiction elle-mĂȘme nĂ©e des terribles souffrances infligĂ©es dans les tranchĂ©es il y a 100 ans.

C’est la raison pour laquelle notre coopĂ©ration en matiĂšre de dĂ©fense – qui a ses origines dans le TraitĂ© de Londres de 2010 – est si poussĂ©e.

Dans le cadre de l’OpĂ©ration Barkhane, des hĂ©licoptĂšres Chinook de la RAF, en missions aĂ©riennes dans le Sahel, transportent les troupes françaises. Ensemble, nous avons constituĂ© une force expĂ©ditionnaire commune interarmĂ©es qui sera apte au combat d’ici 2020.

Cette année, nos navires de guerre ont tous les deux défendu la liberté de navigation en sillonnant la Mer de Chine méridionale.

Qui plus est, notre coopĂ©ration s’étend bien au-delĂ  du domaine de la sĂ©curitĂ© pour couvrir la gĂ©nomique, l’intelligence artificielle, l’espace et le cyberespace.

Par son Ă©chelle et son ampleur, notre coopĂ©ration est probablement plus Ă©troite qu’elle ne l’a jamais Ă©tĂ©.

L’avenir Ce qui nous ramùne à Bayeux.

Aujourd’hui, comme l’a dit le PrĂ©sident Emmanuel Macron Ă  Sandhurst, nous tissons une nouvelle tapisserie.

Quel chemin suivra-t-elle, quelles scĂšnes dĂ©crira-t-elle ?

En effet, nous voici à un moment de décision, et les réponses que nous donnerons dans les semaines, les mois qui viennent pourraient définir les contours des relations franco-britanniques, et ceux des relations entre le Royaume-Uni et ses partenaires européens pour bien des années, voire bien des décennies à venir.

Ce qui m’amùne, naturellement, au Brexit.

Et lĂ  encore, notre histoire est de nouveau importante. Car malgrĂ© toutes nos ressemblances, nous sommes aussi diffĂ©rents. Je crois comprendre que, pour beaucoup en France, le rĂ©sultat du rĂ©fĂ©rendum a Ă©tĂ© dĂ©cevant. Je sais qu’en France le vote en faveur du Brexit est souvent perçu comme une levĂ©e du pont-levis par le Royaume-Uni, qui tournerait le dos Ă  l’Europe et chercherait Ă  prendre « le grand large ».

Mais ce n’est pas comme cela que nous le voyons.

Et c’est lĂ  que notre mĂ©lange particulier de ressemblances et de diffĂ©rences est important.

La France considĂšre l’Union europĂ©enne comme essentielle Ă  son destin, Ă  la stabilitĂ© du continent et, par-dessus tout, Ă  sa relation avec l’Allemagne.

Nous reconnaissons cela. Nous le comprenons. Nous l’apprĂ©cions.

Cependant, le Royaume-Uni n’a jamais Ă©prouvĂ© tout Ă  fait le mĂȘme sentiment, et ce pour une simple raison : nos expĂ©riences ont Ă©tĂ© diffĂ©rentes.

Certes, nous sommes similaires dans la mesure oĂč nous sommes tous les deux des pays europĂ©ens qui tiennent Ă  leur rĂŽle mondial.

Mais nous diffĂ©rons, me semble-t-il, quant Ă  nos sentiments sur le processus de l’intĂ©gration de l’Union europĂ©enne et ses objectifs. La rĂ©alitĂ© est que nos citoyens ont toujours Ă©tĂ© rĂ©fractaires au caractĂšre politique de l’Union et incertains quant Ă  sa destination ultime.

Pour nous, cela rend prĂ©occupante l’expĂ©rience de la mise en commun des souverainetĂ©s qu’implique l’Union – et selon moi cela explique en grande partie le rĂ©sultat de notre rĂ©fĂ©rendum.

En fait, pour la plupart des Britanniques, la conception de l’Europe n’a jamais Ă©tĂ© la mĂȘme que celle de l’Union europĂ©enne.

En revanche, je crois que pour de nombreuses personnes en France, l’Union europĂ©enne est au cƓur de leur idĂ©e de l’Europe.

Pourquoi cela est-il important ?

Parce que jusqu’à prĂ©sent dans notre histoire rĂ©cente, nous avons su puiser des forces dans nos similaritĂ©s, tout en reconnaissant et en respectant nos diffĂ©rences dans les choix que nous avons faits ensemble.

Et nous voici maintenant arrivés à un autre moment décisif, et les décisions que nous prendrons en tant que gouvernements auront de profondes répercussions.

Nos citoyens ont votĂ© par la voie d’un rĂ©fĂ©rendum pour quitter l’Union europĂ©enne et ses organes dĂ©cisionnels.

Nous devons respecter leur choix démocratique.

Toutefois, nous entendons rester Ă  l’avenir une puissance europĂ©enne, comme nous l’avons toujours Ă©tĂ© dans le passĂ©.

Une puissance européenne dont les valeurs demeurent des valeurs européennes.

Une puissance europĂ©enne qui a Ă  cƓur la sĂ©curitĂ© du continent europĂ©en.

Une puissance europĂ©enne dotĂ©e d’un modĂšle Ă©conomique europĂ©en, de services publics universels et du niveau le plus Ă©levĂ© de protection des consommateurs et de l’environnement.

Une puissance europĂ©enne oĂč les enfants continuent Ă  faire des Ă©changes entre eux et apprennent Ă  connaĂźtre et Ă  aimer le pays de l’autre – comme je l’ai fait Ă  l’ñge de sept ans Ă  Angers en France ; oĂč les Ă©tudiants collaborent, oĂč les scientifiques, chercheurs et laurĂ©ats de prix Nobel continuent Ă  repousser ensemble les frontiĂšres du savoir humain.

Tel est le choix stratĂ©gique que nous avons fait dans notre approche de ces nĂ©gociations. De notre point de vue, il n’y a pas de contradiction Ă  vouloir continuer Ă  coopĂ©rer alors mĂȘme que la relation institutionnelle Ă©volue.

Et donc?

Qu’est-ce que cela implique pour notre avenir, et pour ces nĂ©gociations, qui entrent dĂ©sormais dans leur cruciale phase finale ?

J’aimerais faire trois suggestions.

PremiĂšrement, notre passĂ© commun implique bien sĂ»r que nous restions deux nations, chacune dĂ©fendant ses intĂ©rĂȘts nationaux comme nous le jugeons bon, dans l’intĂ©rĂȘt du peuple qui nous a Ă©lu pour le servir. Toutefois, ayant profondĂ©ment rĂ©flĂ©chi Ă  ces questions au cours des deux derniĂšres annĂ©es, je pense que tout comme notre intĂ©rĂȘt et notre choix sont de rester proches de l’Europe, l’intĂ©rĂȘt de l’Union europĂ©enne repose lui aussi sur une coopĂ©ration Ă©troite – pour notre sĂ©curitĂ©, nos Ă©conomies et nos citoyens.

J’espùre donc que nous pourrons redoubler nos efforts pour parvenir à un accord. Deuxiùmement, nous devons chacun consentir un effort particulier pour comprendre le point de vue de l’autre.

Je sais que certains s’inquiĂštent qu’un accord qui permettrait au Royaume-Uni de jouir des avantages d’une adhĂ©sion sans en avoir les obligations pourrait entrainer une concurrence dĂ©loyale et, Ă  terme, le dĂ©mantĂšlement de l’Union europĂ©enne

Je tiens Ă  ĂȘtre parfaitement clair. Ces inquiĂ©tudes, nous les avons entendues, et nous pensons pouvoir les dissiper. De fait, le seul moyen de le faire est de conclure un accord ambitieux qui fournisse le genre de garanties qui sont nĂ©cessaires.

N’oubliez pas ce simple fait.

À compter du 29 mars l’an prochain, nous serons Ă  l’extĂ©rieur, et non Ă  l’intĂ©rieur.

Il n’y aura pas de Premier ministre britannique qui se prĂ©sentera aux rĂ©unions du Conseil europĂ©en, pas de ministres pour dĂ©cider de la nouvelle lĂ©gislation, pas de dĂ©putĂ© britannique au Parlement europĂ©en, pas de juges britanniques Ă  la Cour de justice europĂ©enne.

Nous ne cherchons donc pas, comme cela est insinuĂ©, mĂȘme ici parfois en France, Ă  avoir « le beurre et l’argent du beurre ».

Nous avons toutefois proposĂ© un cadre de travail pour notre relation future, lequel devrait vous persuader que nous n’allons pas rechercher un nivellement par le bas, et qui devrait permettre Ă  nos relations Ă©conomiques et sĂ©curitaires de se poursuivre, pas comme elles Ă©taient avant – mais sur des fondations sĂ»res que nous continuerons Ă  renforcer dans les annĂ©es Ă  venir.

Une relation au sein de laquelle le Royaume-Uni sera un pays tiers – mais qui resterait liĂ© par des liens d’amitiĂ© et de commerce pour les dĂ©cennies Ă  venir.

Les alternatives ne nous donnent pas une telle certitude. Elles optent en faveur de frictions – Ă  nos frontiĂšres avec des queues Ă  Douvres et Ă  Calais, au niveau de l’échange d’informations entre nos services de sĂ©curitĂ© et dans une divergence accrue dans nos rĂšgles et rĂšglements.

Un tel choix me semble ĂȘtre une erreur.

Ma troisiĂšme et derniĂšre suggestion est la suivante.

Il ne s’agit pas d’une discussion aride, technique, bien que parfois elle puisse le sembler – avec toutes ces rĂ©fĂ©rences aux cadres rĂ©glementaires, aux pĂ©riodes de mise en Ɠuvre et autres.

Il s’agit fondamentalement du destin de nos vieilles nations, de notre vieux continent – et de la meilleure façon de bĂątir notre avenir en tant que nations europĂ©ennes.

Il s’agit de dĂ©terminer comment tisser le prochain chapitre de la tapisserie, et quelle histoire elle racontera.

Voilà pourquoi je suis passionnément convaincu que nous devons bien nous y prendre, que nous devons faire les bons choix dans les semaines à venir.

De sorte que les gĂ©nĂ©rations qui nous succĂšderont et qui tourneront le regard de l’autre cĂŽtĂ© de la Manche puissent observer qu’en 2019 le Royaume-Uni a quittĂ© l’Union europĂ©enne, et qu’un chapitre s’est refermĂ©.

Mais que l’histoire de l’Union europĂ©enne a continuĂ©, et que l’histoire de l’amitiĂ© et de l’alliance du Royaume-Uni avec l’Europe, et par-dessus tout avec la France, ne s’est pas contentĂ©e de durer, mais qu’elle s’est renforcĂ©e.

Autrement dit, que la fin du chapitre ne signifiait pas la fin de l’ouvrage. Loin de lĂ . Elle marque le dĂ©but d’un nouveau chapitre, dans lequel nous aurons trouvĂ© de nouvelles façons d’Ɠuvrer Ă©troitement ensemble.

Ces futures gĂ©nĂ©rations verront, je l’espĂšre, que les menaces communes placĂ©es devant nous, et qui grandissent, nous les avons affrontĂ©es ensemble. Qu’ensemble nous avons dĂ©fendu l’ordre mondial et les institutions internationales de l’aprĂšs-guerre qui sont aujourd’hui menacĂ©s.

Que nous sommes restĂ©s ensemble fidĂšles Ă  nos valeurs et Ă  nos principes dĂ©mocratiques, eux aussi mis Ă  mal – en pratique et en thĂ©orie – comme jamais auparavant depuis que je suis nĂ©.

Qu’ensemble nous nous sommes adaptĂ©s aux dĂ©fis et aux perspectives que la mondialisation prĂ©sente Ă  nos Ă©conomies et surtout Ă  nos sociĂ©tĂ©s.

Je sais que cela n’est pas facile, mais c’est l’espoir que je nourris.

C’est l’espoir du Royaume-Uni.

Je crois que c’est aussi l’espoir de la France, et celui de nos partenaires europĂ©ens.

Trouvons donc la volontĂ© politique – en tant qu’amis, alliĂ©s, partenaires – de traduire cet espoir en rĂ©alitĂ©.

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±ÊłÜČú±ôŸ±Ă© le 8 novembre 2018
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